Biographia
de la vie de Pierre Dorlant
• Les origines1
On ne sait que peu de choses sur la vie de cet inconnu célèbre.2 Pourtant, il a écrit de nombreux ouvrages qui méritent notre estime. J’ai toutefois pu lever un coin du voile.
Un seul fait certain de la vie de Dorlant avant son entrée en religion nous est connu : il a été inscrit sous le nom de Petrus Dorlant de Walcuria dans les matricules de l’Université de Louvain le 29 février 1472.3 Cette mention a longtemps été interprétée de manière tendancieuse. On a cru que le nom latin de la localité Walcuria correspondait exclusivement à son équivalent français Walcourt4 Cette seigneurie dépendait, sur le plan civil, administrativement du comté de Namur, mais relevait sur le plan religieux du diocèse de Liège jusqu’en 1561. Elle fut alors rattachée au diocèse de Namur, créé en 1559, dans la province du même nom où la commune se situe aujourd’hui, à proximité de Philippeville.5
Toutefois, Walcuria ne doit pas être interprété nécessairement comme renvoyant à ‘Walcourt’ ; il pourrait tout aussi bien s’agir de la forme latinisée du toponyme ‘Waalhiven.6 Une autre explication, plus logique, repose sur des analyses étymologiques et des données historiques. Analysons la signification étymologique des deux éléments que comporte ce toponyme. D’une part, la première syllabe des deux noms de lieu remonte au mot germanique primitif walh, qui a donné naissance, en moyen néerlandais, à des formes telles que wale, wallesch, walsc, walsch(e). À l’origine, ces mots désignaient un étranger qui baragouinait ou parlait une langue incompréhensible.7 Avec le temps, leur signification a évolué pour désigner l’usage de la langue française ou du dialecte wallon par les habitants des territoires où ces parlers étaient pratiqués (la France, la Wallonie).8 D’autre part, la deuxième syllabe dérive du mot latin curia, dont l’équivalent germanique est hofa, au sens de ‘maison avec cour’.
En reliant ces deux éléments selon leur sens étymologique, on parvient à une nouvelle interprétation : il s’agit d’une cour dont l’habitant parle le français ou le wallon.9 Autrement dit, cela désigne un paysan francophone vivant dans le Waalhof, un lieu qui a donné naissance au hameau de Waalhoven qui constituait un fief brabançon situé sur le territoire de Velm, lequel faisait partie de la principauté épiscopale de Liège; il s’agissait dès lors d’une enclave brabançonne en territoire liégeois à Velm près de Saint-Trond.10, où Pierre Dorland (comme il sera démontré ci-après) a fait ses études à l’abbaye des Bénédictins. Dans cet ordre d’idées, j’ajoute une affirmation de l’historien brabançon Jean-Baptiste Gramaye († 1635) concernant ce lieu-dit : “Secundam huc Coloniam Gallorum ductam addunt, et superesse nomen in pago Waelhoviae”. Une colonie d’agriculteurs, originaire d’un pays francophone, donna au site rural où elle s’installa (curia) un nom fondé sur son origine linguistique (wal). Cela nous conduit à l’explication étymologique du nom propre Dorlant, qui corrobore l’affirmation de Gramaye. Ce nom présente une analogie avec la racine germanique durlandja, qui désigne une terre infertile ensemencée en ray-grass. En France, il existe une commune appelée ‘Doullens’, située dans le département de la Somme, en région Picardie (arrondissement d’Amiens). Ce toponyme est un dérivé moderne de formes apparaissant entre le XIIᵉ et le XVᵉ siècle dans les sources toponymiques et anthroponymiques.11 On peut donc affirmer, sur la base des considérations étymologiques et historiques précédentes, que Dorlant n’est pas originaire de Walcourt, qui appartenait alors au comté de Namur et où l’on ne parlait que le français. En revanche, il est né et a grandi à Waalhoven, un hameau unilingue néerlandophone, où ses ancêtres agriculteurs se sont installés à une date inconnue après avoir quitté le nord de la France. On verra d’ailleurs que Dorlant écrivait non seulement en latin, mais aussi en néerlandais, qui était sa langue maternelle.
• La scolarité12
• Les études universitaires13
• La vie religieuse14
• La fin 15
- 1. Pour plus de details à ce sujet, voir [Hendrickx 2012b]293-295: Dorlandus’ herkomst op een toponymische tweesprong.
- 2. S. Autore, ‘Dorland Pierre’, dans: Dictionnaire de théologie catholique, 4:1 (1924), 1782.
- 3. J. Wils (éd.), Matricule de l’Université de Louvain, t. 2 : 31 aoüt 1453 - 31 aoüt 1485, Bruxelles1946, 264, nr. 204 (= Académie royale de Belgique: Commission royale d’histoire / Collection de chroniques belges inédites. Publications in-4°, 32).
- 4. [Scholtens 1952b]288. [PCBR 1999]dl. 1, 356 (nr. DiM155). [Ausems 1964a]55-56 r propose une interprétation personnelle de l’origine de Dorlant : “Cela n’implique pas nécessairement que Dorlant soit né et ait grandi en ce lieu, ni que le wallon ait été sa langue maternelle, mais uniquement qu’il se soit établi à Louvain après avoir quitté Walcourt”.
- 5. E. De Seyn, Dictionnaire historique et géographique des communes belges. Histoire, géographie, archéologie, topographie, hypsométrie, adminitration, industrie, commerce, etc., t. 2, Bruxelles 1925, 585-589. F. Jacquet-Ladrier, ‘Walcourt’, dans: H Hasquin et al. (réds), Gemeenten van België. Geschiedkundig en administratief-geografisch woordenbeoek, t. 4: Wallonië, Brussel 1981, 3013-3014.
- 6. [Ampe 1980]29-30. L’auteur localise à tort Waalhoven à Velp, dans le Limbourg belge. Or, Velp est en réalité un village relevant de la commune de Rheden, dans la province néerlandaise de Gueldre. En revanche, il existe un cours d’eau nommé “De Velp(e)” – un hydronyme – qui se jette dans la Démer à Zelk, hameau de la ville de Halen (Limbourg belge). Il est plus que probable qu’il s’agisse ici d’une erreur de transcription et que ce soit Velm qui ait été visé.
- 7. L. ten Kate Hz., Aenleiding tot de kennisse van het verhevene deel der Nederduitsche sprake, behelzende den grondslag betreffens twee proeven van geregelde afleiding, t. 2, Amsterdan 1723 (réimpression anastastique: Alphen aan den Rijn 2001), 730: barbarus, exoticus, peregrinus.
- 8. E. Verwijs & J. Verdam, Middelnederlandsch woordenboek. Voltooid door F. A. Stoet, t. 9, ’s-Gravenhage 1929 (réimpression anastatique: ’s-Gravenhage 1971), 1626, 1636-1637. Voir aussi W. J. J. Pijnenburg et al., Vroegmiddelnederlands woordenboek. Woordenboek van het Nederlands van de dertiende eew in hoofdzaak op basis van het Corpus-Gysseling, t. 4, Leiden 2001, 5463 (s.v. wale I).
- 9. A. Carnoy, Dictionnaire étymologique du nom des communes de Belgique, y compris l’étymologie des pricipaux noms de hameuax et de tivières, t. 2, Louvain 1940, 612. M. Gysseling? Toponymisch woordenboek voor België, Nederland, Luxemburg, Noord-Frankrijk en West-Duitsland (vóòr 1226), t. 2, Brussel 1960, 1030, 1036 (= Bouwstoffen en studiën voor de geschiedenis en de lexicografie van het Nederlands, 6:2). J. Segers, Haspengouwse nederzettingen . Een inleiding, t. 1, Hasselt 1993, 18-20 (= Mededelingen van de Vereniging voor Limburgse dialect- en naamkunde, 73)
& W. J. J. Pijnenburg et al.Vroegmiddelnederlands woordenboek ... , Leiden 2001, 5463 (s.v. wale IV), envisagent aussi que la première syllabe puisse correspondre au prénom masculin ‘Wal(h)o’; le toponyme signifierait alors ‘la ferme de Wal(h)o’. - 10. E. De Seyn, Dictionnaire historique et géographique des communes belges ..., t. 2, Bruxelles 1925, 526: “Jadis, la commune de Velm était liégeoise ... Le hamaeau de Waelhoven ou Waelhem était une seigneurie brabançonne au quartier de Tirlemont, régi par le droit du Brabant et les coutumes de Louvain”. Isi Saelaert, agent communal de Velm, complète ces données en 2012 par la communication suivante: “Aujourd’hui, Waalhoven est un quartier de Velm, situé le long de la rue Waalhovenstraat, entre la Bornstraat et la Kruisstraat ; la distance entre Velm et Saint-Trond est d’environ 7 km”jk. Velm constitue actuellement une section de la commune de Saint-Trond, située dans le diocèse de Hasselt (érigé en 1967). – Il existe par ailleurs un troisième toponyme, ‘Waalhove’, situé à environ 1 km d’Aspelare (arrondissement d’Alost, Flandre orientale); toutefois, ce lieu ne peut être retenu dans l’argumentation relative à l’origine de Dorlandus
- 11. Dollens, Dorl(l)ens, Dorlanium, Dorlens, Dorlenz, Doullenz, Dourlens, Dourlent, Dulingium, Dul(l)endium, Durlendensis, Durlend(i)um, Durlens(is), Durle(n)z.
- 12. Pour plus de details à ce sujet, voir [Hendrickx 2012b]296-298: Leerling in de benedictijnenschool van Sint-Truiden.
- 13. Pour plus de details à ce sujet, voir [Hendrickx 2012b]298-304: Student en promovendus aan de Artes-faculteit te Leuven.
- 14. Pour plus de details à ce sujet, voir [Hendrickx 2012b]305-305: Een kloosterleven lang vicarius.
- 15. Pour plus de details, voir [Hendrickx 2012b]330: Dorlandus stierf op de feestdag van een toneelheilige.